Le Merill Looser

 

Le tour du propriétaire

Ancien bar en territoire Yakuza (le Merill Looser est situé à la lisière de la CombatZone, au sud de Japan Town : à l’angle de la 23ème rue et de Effinger Street… mais si, vous savez bien, en face du collège Lucas... voilà.), le Merill est maintenant le foyer d’une faune d’immigrés européens et de cyberpunks de tout poil à la recherche d’un contrat plus ou moins honnête. C’est aussi, accessoirement le QG du gang des Clowns Sanglants pour qui travaillent plus ou moins tous les « shadows makers » du Merill (cf. personnalités).

Situé dans les locaux bétonnés d’une gare routière désaffectée, il crache sa présence par une enseigne holo où l’on ne peut plus décrypter que le mot « Looser » et le nom du bar en caractères japonais enserré dans une spirale représentant un champignon atomique.

La baie vitrée crasse laisse le visiteur au pied de la salle du Styx, éclairée par des spots mauves et verts, le sol recouvert de verres brisés. Les murs de béton, couturés de fissures, sont couverts d’affiches de Rock Chromatique formant une épaisseur gondolée et inégale.

Les juke-boxes crachent une pollution musicale distordante et anachronique issue du ventre de la première machine (musiques classiques : Kinks, Pixies, Sex Pistols...) ou de sa soeur jumelle (Rock Chromatique, Matrix Trash, Nuke Rap...) ; les deux machines hurlant le plus souvent en polyphonie.

Sur les tables vitrées aux formes géométriques, des hologrammes palpitent suggérant, selon la position du consommateur ou son degré de sobriété, un sexe féminin, une croix en flammes ou un dragon japonais.

La fumée épaisse, le fracas sonore et la pénombre assurent l’anonymat à celui qui le désire.

Si le naufragé du Merill s’aventure dans l’escalier rouillé ( rappelant les escaliers métalliques des sorties de secours sur les façades d’immeubles) qui s’enfonce dans les entrailles de l’ancienne gare, il débouche dans le Purgatoire, nom donné à la salle du bas.

Outre un bar massif cerclé d’un néon vert qui est accolé en fer à cheval à la salle, seul le ring central attire l’attention : il fait office de scène aux Wall of Sound quand il ne retrouve pas ses fonctions premières. Dans le chaos de Slammdancing qui règne dans le Purgatoire, les seules places assises sont les tabourets du bar ou les amplis bombés aux cris de guerre du groupe de Matrix Trash.

La salle est tranchée en deux, latéralement, par une grille noire où sont suspendus les projos et sur laquelle on trouve généralement quelque client n’ayant pas trouvé de place dans le « bloc de sueur » qui remplit les lieux. Un corridor, dont la porte trouée d’un hublot est discrètement gardée par quelque Clown ou par Tyler (cf. personnalités), permet d’accéder aux loges insonorisées et moites où exercent certaines artistes de Peep Show pour le client préférant l’intimité à la foule Junkie (cf. notes). Enfin, des toilettes étroites demeurent à la gauche de la porte du corridor où l’on peut tenter de décrypter un mur maculé de graphs en caractères japonais, espagnols ou français clamant toujours les mêmes litanies pornos. La porte des toilettes est restée marquée par une attaque au Napalm que tout le monde a oublié, admettant les marques de brûlures et de peinture fondue comme si elles avaient toujours existé.

 

Notes et détails périphériques :

o Le style du Merill :

Au Merill, le style est à la pureté des lignes du Japon médiéval : meubles bas et coussins de toile écrue ou de couleurs primaires dans le salon du Styx.

 

o Les arènes :

De façon apériodique se déroulent des « arènes » sur le ring du Purgatoire. Ce sont des combats des types les plus divers (boxe thaï, Kung Fu animal, matches entre greffés ou entre Samouraïs des rues... ). Les Clowns, qui organisent les arènes font leur bénéfice en triplant le prix des consommations et en suralimentant les spectateurs en timbres de CyclopeFlesh ou ampoules de NeuroJaws (cf. Consommations). Les Yaks sont bien sûr présents pour organiser les paris.

 

o Les loges d’intimité ou « SexDom » :

Ces cabines, situées au fond du Purgatoire, servent de Peep Show à Margot, Wanda ou Léo (cf. Personnalités). Une cellule photoélectrique sépare le client du sex-dealer qui peut ainsi exercer son job de la façon la plus provocante qui soit. Si le faisceau est brisé, deux porte-flingues des Clowns ou même Tyler sont prêts à intervenir. Pour une poignée d’Euros de plus, le sex-dealer peut accepter de couper le faisceau et offrir à son client quelque gâterie plus intime. Les « SexDoms » sont entièrement insonorisés à la musique des Wall of Sound.

 

o Les « Tronik games » :

Il s’agit ici essentiellement d’une version du jeu « Mosquito Duel » (cf. William Gibson dans Gravé sur Chrome). Ce jeu électronique virtuel de simulation de combats aériens, dont Loon et Pontiac (cf. Personnalités) sont passés maîtres, est accessible dans le salon du Styx. Le joueur pilote un escadron de biplans virtuels s’affrontant dans un décor Holo reposant sur le tapis du billard. La partie « Spad & Fokker » est la plus pratiquée et provoque donc le plus de paris (souvent considérables) mais d’autres versions sont accessibles : Luftwaffe, Gulfwar, Colombian Bloody Sky...

 

La faune :

Outre les Yaks cherchant des têtes brûlées candidats à des courses mortelles sur le réseau d’autoroutes de l’axe L.A.-San Francisco ou des parieurs pour ces mêmes courses, la faune est constituée des Rockerboys de Wall of Sound, d’un gang de Vampires (cf. les Trauma Fuckers) et de quelques personnalités se détachant de la foule  de cyberpunks junkies, de nomades en famille complète ou de corpos égarés.

 

o Wall of Sound :

Les six Rockerboys de Mark DeVoto proviennent du schisme d’un gang de Metal Warriors. Le groupe (un batteur/chanteur: DeVoto, deux guitaristes à la poitrine opulente, un bassiste rescapé de la guerre du feu et deux synthés) proclame jouer plus vite que la vitesse du son, ce qui n’est pas si exagéré quand on sait qu’ils sont tous interfacés à leurs instruments et qu’ils se balancent des torpilles (amphétamines) tout du long de leurs sets.

 

o Les Clowns Sanglants :

Ce gang, qui, d’une certaine manière, contrôle le Merill Looser (qui est situé au coeur de leur territoire), n’est pas sans rappeler par ses accoutrements et son humour noir un autre gang de Night City : les Bozos. En fait, auparavant, le gang des Clowns Sanglants s’appelait le Cygne Noir (symbole qu’ils ont conservé) et était l’exemple-type du gang « professionnel » vivant des trafics et des renseignements. Mais l’arrivée d’une charismatique mais dangereuse psychopathe à la tête du gang allait en changer l’orientation. Celle qui se fait désormais appeler Big Sister a entraîné, grâce à son exceptionnel charisme, les Clowns Sanglants sur la voie de la lutte ouverte avec les Bozos (pour d’obscures raisons de vengeance...) aussi bien pour le territoire que pour la « suprématie de l’humour noir » à Night City.

 

o Les Trauma Fuckers :

Ce gang iconoclaste est plus ou moins affilié aux clowns. Leurs Harley-Yamaha traînent le plus souvent sur le parking du Merill quand les Vampires (gangs spécialisés dans le trafic de viande morte) ne chassent pas dans les ruelles glauques de Night City à la recherche d’un zoneur égaré dont le corps sera livré à un Ripperdoc en panne d’organes.


 

Les personnalités :

o Timour LOON (propriétaire) : les cheveux noirs platinés, une mèche beige grasse collée sur un front plat, les dents jaunies par le bétel, l’embonpoint engoncé dans de faux costumes français fabriqués en Corée, un perpétuel mégot éteint de Yehehuan pendant à une lèvre flasque, Loon pourrait passer pour n’importe quel corpo déchu, pantin d’une guerre corporatiste, échoué dans les ruelles grasses de Night City. Cela n’en n’est rien. D’origine kampuchéenne, Loon était le premier couteau d’un narcogang d’Oakland. Depuis, homme de main d’une maison Yakuza, il a, grâce à l’appui de Big Sister, racheté le Merill dont il est le discret propriétaire. Il y traîne son oeil torve toute la nuit, jouant les clients habitués et surveillant, tel un crapeau endormi, les Fixers des Clowns et leurs deals avec les Cyberpunks égarés dans son bar.

 

o Tano PONTIAC (Fixer/Chasseur de têtes : « chumin ») : les cheveux rares, un diamant dans le nez, une toque de feutre blanc sur la tête, le visage outrageusement maquillé, Pontiac est ici seulement toléré par les Clowns. Habitué du Merill, il y traîne souvent à la recherche de Cyberpunks inoccupés ou de Mercs en panne d’opérations. Ses clients sont très diversifiés et, en tous cas, il est reconnu comme l’un des meilleurs chasseur de têtes de son territoire. Selon ses commanditaires, avant de choisir ses proies, Pontiac aime à les observer en jouant avec le reflet de la lumière sur sa montre dermale (et en observant leurs réactions).

 

o Franz « Chili » TYLER (Solo/Garde du corps) : ancien cybersoldat engagé en Colombie, Tyler était interfacé à son automitrailleuse quand cette dernière est venue jongler sur une mine : ses neurones ont alors été gravement « grillées ». Revenu à Night City, Tyler a sacrifié sa solde et ses actions Petrochem pour s’offrir une cyberware Eurostyle qui lui a doublement rendu la vue et l’usage de ses deux mains et qui le fait désormais naviguer aux limites de la Cyberpsychose. Un Armalite .44 Smartgun customisé enfermé dans sa main en tiges d’acier, marmonnant un mélange de Blackfolk et d’espagnol, Franz joue maintenant les ronins pour Timour Loon.

 

o Mark DE VOTO (Rockerboy) : petit, trapu, les cheveux rasés en bandes rouges écarlates, le visage hâlé, vissé par des cyberoptics chromées, De Voto est le batteur (et plus accessoirement le chanteur) des Wall of Sound. Quand il avait voulu arracher son propre gang de Metal Warriors à la tutelle des Clowns, on l’avait retrouvé dans la carcasse d’un taxi Rouge carbonisé, les yeux brûlés à l’acide. Un mois plus tard, il portait des Cyberoptics ultramodernes de Chiba. Portant perpétuellement son shotgun Arasaka serré contre la cuisse, De Voto rumine sa vengeance.

 

o Lazlo YANOUSEK (Fixer/Dealer) : Né en Serbie durant la guerre civile de 1991, Lazlo a successivement exercé les jobs de Netrunner et de Fixer. Il est désormais Chumin (intermédiaire en japonais) pour les Clowns chargé de sonder les cops, d’engager des Mercs pour le gang ou de brancher les Médias sur un plan prestigieux. C’est aussi lui le principal dealer de Cyclope Flesh et de NeuroJaws au Merill. Il cherche par ailleurs à attirer l’attention de la belle Margot French Kiss pour lui faire oublier Big Sister.

 

o Léonce DAMIENS (Barman/Sex-dealer) : Léo’, mulâtre distingué, coiffé d’une brosse courte et portant un chapelet de boucles à l’oreille, a quitté son Haïti natale à l’adolescence. Night City a été pour lui le berceau d’une carrière fulgurante de modèle. Trop vite lâché par son agent, il a accumulé les jobs dans le milieu du porno-business avant de travailler comme croupier dans une maison de jeu Yakuza où officiait Timour Loon. Il l’a plus tard rejoint au Merill où il joue les barman, son wearman à fond, jonglant avec les shakers et travaillant accessoirement comme gigolo. Léo’ accepte aussi bien les clients masculins que féminin du moment qu’il peut être payé en Fix.

 

o Wanda « DEEP-THROAT » (Sex-dealer) : plantureuse, la bouche épaisse et les biceps saillants, la brune Wanda s’appelait Murray Holly jusqu’en 2016. Ce sont les Clowns qui lui ont trouvé son job de pute au Merill. Wanda assure très bien son existence d’ange déchu et partage parfois le ring du Purgatoire avec les Wall of Sound.

 

o Margot « FRENCH-KISS » (Sex-dealer) : des boucles blondes-rousses tombant sur son front, coiffée très court, sans support de puce apparent, Margot est plutôt jolie. Elle affecte un accent français digne des Novelas des Networks de motels et jure qu’elle est née à Montmartre. Margot n’a jamais mis les pieds en Eurothéâtre et est née à Salt Lake City sous le nom de Molly Hopkins. Très appréciée par les habitués du Looser (« coucher avec Margot, c’est s’interfacer avec le 7ème ciel ! »), elle est la petite amie de Big Sister, au grand désespoir de De Voto qui, s’il n’y avait pas déjà perdu la vue, saignerait avec plaisir le chef du Boostergang.

 

 

Musiques :

Matrix Trash : le courant musical des Wall of Sound est sans nul doute à la pointe de l’avant-gardisme rock aux USA. En effet, lassés de la perfection apportée au son par la cybertechnologie musicale, les musiciens de Matrix Trash cherchent à « pervertir » (en quelque sorte à désaccorder) les effets produits par ces gadgets technologiques qu’ils utilisent à outrance. Ils obtiennent ainsi toute une gamme d’effets et de sons inattendus. Pour ce faire, ils utilisent à la fois des virus informatiques et des drogues entraînant des hallucinations visuelles. On peut dire que la musique produite tient du Punk (du Cyberpunk, alors ? ) car grâce à la technologie tout le monde peut jouer et évite aussi l’écueil habituel du Cyberock : l’uniformisation des sons et des façons de jouer. Les Wall of Sound (qui se disent inspirés par le mythique groupe new-yorkais : Tonik Youth) ne sont quant à eux sans doute pas des génies et leur musique tient surtout du boucan assourdissant et chaotique mais ce sont les seuls représentants connus de ce courant sur tout Night City.

(in RockerBoy Magazine du 03/08/2019)

 

Nuke Rap : après l’expérience de la fusion il y a quelques années, la musique noire continue dans la même veine avec... le rap nucléaire ! Rien de bien nouveau à priori sous le soleil des rapeurs. Si ce n’est les références. En effet, les samples vont chercher du côté des groupes blancs de Death Metal pour les riffs de guitare, tout comme pour les intonations de la voix. Les boîtes à rythme, quant à elles, tentent de dépasser le BPM pourtant déjà infernal de la techno hard-core de la fin du XXème siècle. Les textes, eux, n’ont rien à envier aux pires groupes extrémistes de chromers (« tue, pille, viole... »). On peut citer parmi les plus illustres représentants de ce courant : les précurseurs de Los Angeles, Bombastic Invaders et leur désormais célèbre album « Suck me, Georges Washington » et surtout les maîtres incontestés du mouvement qui nous viennent tout droit d’Atlanta, Pure Colored People (ou PCP si vous préférez), au discours franchement raciste (anti-blanc et surtout antisémite).

 Cette musique remporte un certain succès dans la faune de nombreuses villes sans doute à cause du fait qu’elle est incontestablement la « pêche » ; quant à moi, je ne peux que regretter le fait que les musiciens noirs essaient encore et toujours de faire du neuf en employant des formules éculées.

(« Iggy » Zygmantovitch pour RockerBoy Magazine du 10/11/2019)

 

Les consommations :

o Drogues :

Le Cyclope-Flesh : la dope se présente sous forme de timbres que l’on colle sur la peau. Son effet est quasi-immédiat : des spasmes provoquent une forte fièvre et une « chair de poule » mettant en éveil tous les pores de la peau comme autant de microprocesseurs. L’effet est simple : toutes les stimulations tactiles se manifestent dans le champ visuel. La douleur provoque ainsi des éclairs bleutés, la chaleur un contraste rouge-mauve, le froid un voile jaune palpitant, le plaisir sexuel une myriade de spirales vert-bleu... l’effet érotique est garantie ! La descente est plus dure : vertiges, schizophrénie et effets inverses très désagréables (la lumière vive provoque alors des contractions et des nausées).

 

Le NeuroJaws : injectée directement dans une artère, une ampoule de NeuroJaws permet un sens de l’équilibre et une coordination parfaites, une précision des gestes totales. La perception sensorielle est débarrassée de tous parasites et acquiert une acuité surhumaine. Le contrechoc est très rapide (l’effet ne dure qu’une dizaine de minutes) : troubles de la vision et crise d’hystérie (sanglots, déglutissements anormaux... ) pouvant aller jusqu’à la crise d’épilepsie.

[ Stats : ]

Cyclope Flesh

Type : hallucinogène

Absorption : timbre dermique

Difficulté : 12

Puissance : 1

Durée : 1D10+1 heures (x2 si double dose)

Coût : 60 Euros

Contre-effets :

- effets résiduels persistants (aux moments les plus inopportuns)

- vertiges

- risques de schizophrénie

 

NeuroJaws

Type : Booster

Absorption : injection

Difficulté : 32

Puissance : 2 (x2 si double dose)

Durée : 1D10+1 mn

Coût : 480 Euros

Effets :

- REF +2

- jets de Perception +2

Contre-effets :

- troubles de la vision

- crises d’hystérie

- risques de crise d’épilepsie

 

o Cocktails, tord-boyaux et casse-dalles :

 

Nom

Prix

Force

Composition

Couleuvre

4 Eb

1

½  Tsing Tao (bière chinoise) ou bière rousse, sirop d’érable, ½ thé glacé

« Petite Mort »

6 Eb

6

Ether, Vodka, jus de maïs (cul-sec exclusivement avant évaporation de l’éther)

Gin Fist

5 Eb

3

½ Gin, ¼ Curaçao bleu, ¼ jus de mangue + curry (au shaker)

Nighter

5 Eb

3

Saké, café frappé, alcool de menthe (sur glace pilée)

Milk-Shark

5 Eb

3

½ lait (en poudre), ¼ crème de Whiskey, ¼ rhum blanc + sucre roux (servi tiède)

Mico-wave ‘Thumper

6 Eb

5

½ Aquavit (alcool scandinave), ½ Martini blanc, mousse de Guiness + essence à briquet (servi flambé)

Flamwherfen

5 Eb

n/a

Pain de sésame (grillé), saucisse de krill frite, purée de poivron rouge, sauce chili